Préserver son équilibre quand on prend soin d’un proche

Préserver son équilibre quand on prend soin d'un proche
Prendre soin d'un proche peut affecter votre équilibre personnel. Cet article explore comment repérer ce qui a disparu de votre quotidien et l'importance de demander de l'aide. Apprenez à protéger votre espace de répit pour mieux gérer vos responsabilités.

Prendre soin d’un proche ne se résume pas aux tâches visibles. S’y ajoutent l’imprévisibilité, les décisions à prendre, la coordination et cette impression de rester mentalement de garde même quand on n’est pas auprès de la personne.

Préserver son équilibre ne consiste donc pas seulement à mieux organiser son temps. Il s’agit plutôt de regarder ce qui s’est effacé de son propre quotidien, ce qui pourrait être partagé, ce qui mérite d’être écrit quelque part et où un espace de répit peut réellement être protégé.

Voir ce qui a disparu de son quotidien

Quand une situation dure, la norme se déplace sans qu’on s’en aperçoive. Ce qui semblait exceptionnel devient une habitude, puis une responsabilité intégrée au quotidien.

Deux questions aident à reprendre un peu de recul : qu’est-ce qui faisait encore partie de ma vie avant que la situation prenne autant de place ? Et si quelqu’un que j’aime me décrivait exactement ce que je vis, qu’est-ce que je lui dirais ?

Ces questions ne donnent aucune mesure objective. Elles aident simplement à repérer ce qui a diminué ou disparu : sommeil, loisirs, sorties, relations, activité physique, temps à soi, projets, moments sans responsabilité.

À RETENIR

Repérer ce qui a disparu ne veut pas dire qu’on peut le récupérer tout de suite. Ça permet au moins de rendre visible ce que la situation demande réellement.

Transformer une offre d’aide générale en renfort concret

Demander de l’aide est difficile. L’accepter l’est souvent autant, surtout quand ce qui est proposé ne correspond pas au besoin, ou qu’il faut encore coordonner, expliquer et superviser.

Quand quelqu’un propose son aide, une demande précise est plus facile à formuler et plus facile à accepter : conduire à un rendez-vous, faire une épicerie, préparer un repas, rester avec la personne pendant un moment déterminé, passer un appel administratif.

Accepter du soutien demande aussi de tolérer que certaines choses soient faites autrement. Ce n’est pas confortable, surtout quand on porte la situation depuis longtemps.

Il faut dire aussi ce qui va de soi pour beaucoup de gens : toutes les personnes proches aidantes n’ont pas un entourage disponible, des services suffisants dans leur région, ni les moyens financiers de s’offrir du répit. Parler de soutien ne suppose pas qu’il soit facile à trouver.Le gouvernement du Québec présente, dans son Plan d’action pour les personnes proches aidantes 2026-2031, les services visés, notamment le répit et le soutien psychosocial.

Faire une place au répit, quand il est accessible

Le répit est souvent repoussé : après le prochain rendez-vous, une fois le dossier réglé, quand la situation sera plus stable. Or le quotidien reste imprévisible et ce moment n’arrive pas.

Quand c’est possible, un espace de répit n’a pas besoin d’être long ni exceptionnel pour avoir une place réelle dans l’organisation. Un moment régulier et prévisible est parfois plus facile à protéger qu’un repos toujours reporté.

Les obstacles varient énormément d’une situation à l’autre : disponibilité des services, coût, distance, confiance envers une autre personne, état du proche, horaires, sentiment de responsabilité, difficulté à laisser temporairement sa place.

Il n’existe donc pas de formule. L’enjeu n’est pas de reproduire un modèle idéal, mais de repérer ce qui est réellement possible dans sa propre situation.

Rendre visible la charge qui repose sur une seule personne

Une grande partie de l’accompagnement ne se voit pas : penser à ce qui manque, anticiper les rendez-vous, transmettre l’information, suivre les médicaments, répondre aux appels, coordonner plusieurs personnes, connaître les habitudes du proche, remarquer les changements.

Cette charge est particulièrement difficile à partager quand elle repose sur la mémoire d’une seule personne.

Mettre certaines informations par écrit – un carnet, un document partagé, une simple liste – a une fonction concrète : rendre visible ce qui est porté et permettre à quelqu’un d’autre de reprendre une partie de l’information si un relais devient possible.

Documenter ne règle pas la charge. Mais ça évite que toute l’organisation dépende de ce qu’une seule personne garde en tête.

CE QU’IL VAUT LA PEINE D’ÉCRIRE QUELQUE PART

Rendez-vous à venir · médicaments et renouvellements · personnes à contacter · documents administratifs · préférences et habitudes du proche · signes à surveiller · tâches récurrentes · décisions en attente.

Avoir un endroit où parler aussi de soi

La famille est un soutien, mais elle est aussi partie prenante. Les conversations reviennent vite à l’organisation, aux décisions, aux besoins de la personne aidée.

Une ligne spécialisée, un groupe de personnes proches aidantes ou un accompagnement individuel offrent autre chose : un endroit où l’attention est centrée sur ce que vit la personne qui aide.

Demander cet espace ne signifie pas que la situation est devenue insoutenable. Ça peut simplement répondre au besoin de déposer ce qui est difficile à dire ailleurs.

RESSOURCES

L’Antr’Aidant organisme communautaire qui vient en soutien aux Personnes proches aidantes 579-888-0211

Info-aidant, de L’Appui pour les personnes proches aidantes : 1 855 852-7784, ou info-aidant@lappui.org. Service professionnel, confidentiel et gratuit d’information, d’écoute et d’orientation, également accessible par clavardage.

Info-Social : composer le 811, puis l’option 2, pour une information ou une référence en intervention psychosociale.

En cas de détresse ou de pensées suicidaires, au Québec : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), texto au 53 53 53, ou clavardage sur suicide.ca. En cas de danger immédiat : 911.

Les CLSC et les organismes communautaires du territoire peuvent orienter vers des services de répit et des groupes de soutien.

À PROPOS DE L’AUTEURE

Sylvie St-Marseille est thérapeute en relation d’aide à Saint-Jérôme, dans les Laurentides. Elle accompagne des adultes qui souhaitent disposer d’un espace pour parler de ce qu’ils traversent et retrouver des repères dans une période exigeante et offre notamment du soutien aux proches aidants.